Biographie - Photographies du vivant


La suite pour les mordus...


Portrait - Dominique MAYER - www.dominique-mayer.com - Photographe de nature
Dominique MAYER - Photographie - 2014

J’ai connu cette "épopée héroïque" de l'argentique puisque à mes débuts c'était la seule technologie disponible.

J'ai pratiqué les techniques du laboratoire chimique. Les virages au sélénium pour les sépias et à l’or pour les sanguines, les virages bleus, le baryté, les multigrades, les monogrades, les révélateurs de pellicules surdilués aux temps de développements très longs pour obtenir des nuances proches des techniques numériques actuelles de l’HDR.

Mes pellicules N&B habituelles et préférées étaient les Tri X 400, Plus X 125, Technical Pan 25, T Max 100, 400 et 3200 ISO de Kodak, l'Agfa Pan 25 et la HP 5 d'Ilford.

J’ai joué des cartons découpés et des mains en ombres chinoises sur le papier pour les masquages sous agrandisseur, essayé des tas de péloches et de traitements pour en tirer le meilleur et j’en passe. J'ai aussi un peu pratiqué la technique très contraignante du Cibachrome qui consiste à tirer directement du film positif (diapositives) sur papier Ilfochrome.

 

Mais à l’époque (les années 80), après des débuts laborieux et une période d’expérimentation intense, je souriais doucettement en pensant à la simplicité des techniques du moment en comparaison avec celles difficiles et complexes des photographes de la fin du 19ème et du début 20ème siècle aux quelles je m’étais intéressé.


Le sacerdoce, engagement d'une autre époque


C’était une époque où le photographe paysager, entre autres, arpentait la nature avec sur le dos ou celui d’un assistant, une chambre de 15 kilos en bois, 3 ou 4 objectifs à focale fixe et obturateurs intégrés, un trépied en bois souvent lourd également, des plaques de verre  enchâssées au format de sa chambre de prises de vues qu’il avait enduit au préalable d’Albumine ou de collodion humide ou sec, s’il ne les préparait et ne les développait pas sur place en pleine campagne ou montagne lorsque ses déplacements le nécessitait. Ce qui imposait également d'emporter tout le matériel de développement et les produits, poudres et autres préparations chimiques. Ces précurseurs étaient avant tout des chimistes en puissance et des photographes ensuite.

 

Là, il me suffisait simplement de mélanger révélateurs, fixateurs, bains d'arrêt, agents mouillants, agents tannants et produits de virages achetés dans le commerce avec de l’eau distillée. De respecter les indications du flacon pour les rapports dilution/temps de traitement et températures à 0,5 °C près pour le développement de la pelloche N&B et 1 °C près pour les papiers.

Le reste, les doigts dans le nez, était du feeling et puis de l’expérimentation autour des  valeurs normées.


Mon engagement


Ma production pendant mon épopée du N&B argentique qui s’est étalée sur vingt ans, est de plus de 12.000 clichés 24X36 et moyen format (6X6) confondus, rangés dans des classeurs, numérotés et répertoriés. Sans compter les négatifs couleurs aux mêmes formats, les diapositives 24X36 de mes tout début et 6X6 ultérieures. Soit au total pas moins de 19.000 clichés.

 

Aujourd’hui "à l’âge" du numérique tout est tellement plus simple et la photographie ne tient plus du sacerdoce mais simplement d'un engagement moral que l'on prend avec soi-même. Mais par ailleurs, à titre personnel, je trouve bien plus propre de ne plus utiliser toute cette chimie, de ne plus en recycler les résidus et les déchets et de ne plus en respirer les vapeurs. Pour moi ce temps est révolu et appartient au passé.

Passée cette étape, plus rien n’empêche, à mon sens, le numérique de remplacer très avantageusement l’argentique à tous points de vue et de surcroît, il devient difficile de s'approvisionner en argentique. Ma production numérique est, après 16 ans de pratique, de près de 70.000 images répertoriées, classées et cataloguées dans Adobe Lightroom.

 

J’utilise des protocoles de traitements post photographiques avec l’aide de trois outils de façon régulière et assidue car conscient des limites de reproduction fidèle des capteurs, des optiques, des écrans et des imprimantes non calibrés et des logiciels de traitement eux même, dans un soucis de régularité de flux de travail.

Et puis ne nous leurrons pas, rien de plus neutre et d’ennuyeux qu’une image RAW brute de capteur qui pour être  magnifiée nécessite souvent quelques réglages.

 

Je tire mes photographies sur une imprimante pro grand format avec des encres pigmentaires ultra chrome afin d'assurer aux tirages une longévité maximum et utilise pour ce faire des papiers de grande qualité dépourvus de toute trace d'acidité pour les mêmes raisons.

 

En somme j'utilise comme tout photographe engagé moderne les outils me permettant de travailler et de m'exprimer et me donne, dans la mesure de mes moyens, la possibilité d'y parvenir et de progresser.


Passer le cap...


Quelques remarques à l'usage des réfractaires à l'évolution.

Des photographes, comme moi, avertis et amoureux de leur art.

 

Il y a ceux qui travaillent le grand format et pour qui, et on le comprend aisément, un capteur numérique même moyen format ne remplacera pas (encore) une bonne chambre 4 X 5 inch (quoi que) mais encore moins une chambre 13 X 18 cm (sûrement) pour des raisons de résolution, de commandes de clients, de tirages géants, d'amortissement de coûts d’investissements ou d’habitudes de travail.

OK ça se défend.

 

Il y a les anciens, les réfractaires les plus nombreux, qui ont toujours travaillés en 24 X 36 ou en 6 X 6 argentique et n’ont pas passé le cap parce que pas assez mordus ou trop, mais accrochés au passé ou en fin de course et ne voulant plus investir dans un matériel onéreux.

 

Il y a aussi quelques  jeunes photographes (certainement pas très nombreux) qui veulent faire l’expérience de leurs aînés et s’essayent aux techniques anciennes. C'est une très belle expérimentation et je leur souhaite beaucoup de plaisirs.

 

Il y a tous ceux, les plus nombreux aujourd'hui, qui ont passés le cap et ont adoptés le numérique plus ou moins rapidement et évoluent avec leur temps. Les plus jeunes, ceux qui sont nés avec le numérique ou l'on adopté en cours de route, n’ont connu que cette technologie et l'ont évidemment adopté sans se poser la question de la légitimité de la démarche. 

 

Soit. Chacun doit trouver ses joies dans la voie qu’il s'est donné et une conclusion au terme de son expérimentation.

L’expérimentation est souveraine pour anticiper la réalisation et indispensable à la consolidation des acquis.

Mais c’est une étape qui trouve ses limites et doit mener l’expérimentateur plus loin. Au-delà de cette expérience. Les techniques photographiques au même titre que le matériel utilisé lors de la prise de vues ainsi que tout au long de la chaîne de production, ne sont que des instruments au service du photographe et surement pas une fin en soi.


Philosophie de vie


On ne peut jamais rien retenir. On ne peut que résister et dans cette attitude être dépassé par les événements et l’évolution. On ne retient pas un fleuve qui va à la mer, mais on s’épuise à lui résister.

Et ne dure que l'illusion.  

A mon sens, c’est dès lors que la technique et que le procédé sont remisés au second, voir au troisième plan, que le photographe par la quintessence de son travail sublimé se révèle au grand  jour.

 

Mais ce n’est pas cela qui importe. 

Ni même de faire ou de ne pas faire.

 

L'approche elle même, l'utilisation d'une technique, d'un outil, n'ont de sens que si la finalité conduit, par une recherche désintéressée  et pure, à la compréhension de l'ultime sens de la démarche.

 

Je souhaite à tous les photographes en herbe et en barbe blanche de prendre leur pied de toutes les façons qu'il leur conviendra.

Et que vive la créativité, la passion d'aller de l'avant, la conscience de l'universelle promiscuité des genres !!

 

Dominique MAYER – Photographies du vivant



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